mardi 18 Déc 2018
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Écrit par AFC49 on samedi 24 février 2018 18:42. Posted in Actions_Representations

Le débat organisé par l'Espace de Réflexion Ethique des Pays de la Loire (EREPL) le 30 janvier 2018, salle Daviers à Angers a eu du succès : la salle de 200 personnes était bien remplie.

Thème abordé : "L'Assistance Médicale à la Procréation (A.M.P.) pour tou•te•s? "

Rien que le titre officiel donne déjà à réfléchir avec l'utilisation de la graphie inclusive.

Le docteur Miguel JEAN, responsable de l'EREPL expose le canevas de la soirée : 3 interventions de 10 à 15 minutes chacune, suivies de questions adressées à la salle afin que chacun puisse s'exprimer.

Dans la première intervention du docteur Pascale MAY-PANLOUP, responsable de l'unité fonctionnelle de biologie de la reproduction du CHU d'Angers, nous apprenons suivant quelles techniques et sous quelles conditions se pratiquent actuellement tous les actes d'Aide Médicale à la Procréation. L'exposé est médicalement très complet et très clair quant aux conditions d'accès à ces techniques.

Dans la deuxième intervention, Magali BOUTEILLE-BRIGANT, maître de conférence en droit privé à l'université du Mans, montre que les restrictions légales d'accès à la PMA sont battues en brèche sous l'influence de différents facteurs (modèles familiaux multiples, loi autorisant le mariage entre personnes de même sexe, pratiques et législations différentes hors des frontières françaises). Conséquences : autorisation de retranscrire en France des actes de naissance d'enfants nés de GPA (Gestation Pour Autrui) à l'étranger, autorisation d'adoption par un couple de femmes d'enfants nés d'IAD (Insémination Artificielle avec Donneur) etc... 

Enfin, Caroline DELAVOUX, du Collectif BAMP! (Blog AMP), présente les buts de cette "Association de patients de l'AMP et de personnes infertiles" (dénomination officielle) : témoigner, informer sur les différents aspects de l'infertilité ; accompagner les personnes stériles durant leur parcours ; agir pour sensibiliser le grand public, pour améliorer les prises en charges, pour adapter les lois aux réalités des parcours de traitement de l'infertilité.

La seconde partie de la soirée pouvait commencer. Thierry LARDEUX (journaliste à Angers-Télé) était chargé de l'animer. Quatre questions à l'ordre du jour avec, pour commencer, celle de savoir à quel âge maximum il faudrait limiter l'accession à la PMA. Murmures dans la salle ; on n'était visiblement pas venu pour parler de questions techniques de ce type et le sentiment, vite exprimé dès la première intervention, pouvait se résumer à ceci : question sans intérêt si on ne parle pas auparavant de la légitimité de ces techniques et de l'intérêt supérieur de l'enfant. Thierry LARDEUX a eu beau assurer que les prochaines questions aborderaient le sujet et que, "S'il vous-plaît, pouvez-vous répondre à cette première question ?", rien n'y fit. Les trois autres questions étaient, dans l'ordre :

  • La PMA pour une femme seule, qu'en pensez-vous ?
  • La PMA pour un couple de femmes, qu'en pensez-vous ?
  • La GPA, qu'en pensez-vous ?

Admirons, au passage, la progressivité des questions dans la transgression et résumons les réponses. Celles-ci ont, peu ou prou, tourné autour des thèmes suivants :

  • Peut-on volontairement priver un enfant de père ? (PMA pour femmes)
  • Organiser un déracinement : ne marche-t-on pas sur la tête ? (GPA)
  • Si c'est déjà le parcours du combattant pour les couples hétérosexuels stériles, qu'adviendra-t-il si la "demande" croît et que "l'offre" (de gamètes dans les cas avec donneur anonyme) stagne ? Encore une sélection par l'argent ?
  • La PMA "produit" des embryons congelés ; quid de leur avenir ? Quid de l'augmentation du "stock" (l'horrible mot) si ces techniques sont étendues ? Qui dit PMA dit tri d'embryons ; n'est-ce pas déjà de l'eugénisme ?
  • Dans une société qui commence à comprendre l'urgente nécessité de penser "écologique" et à regretter certaines formes de productivisme agricole, que viennent faire des méthodes de procréation repoussant sans cesse les limites des techniques biologiques afin de satisfaire un "droit à l'enfant" ?

Et il y en aurait encore d'autres à citer, toutes plus sensées et alarmées les unes que les autres. Dans certains cas Pascale MAY-PANLOUP ou Magali BOUTEILLE-BRIGANT ont pu intervenir et redire les précautions législatives qui sont actuellement en vigueur concernant les pratiques de la PMA, (le devenir des embryons congelés reste sous la responsabilité des parents qui sont interrogés tous les ans ; pas de manipulation génétique sur les embryons) sans pour autant sembler rassurer leurs interlocuteurs.

La présidente de la ligue LGBT du Maine-et-Loire est intervenue pour invoquer la liberté individuelle et dire aux détracteurs de la PMA et de la GPA qu'ils ne pouvaient pas décider pour les autres. Elle a été écoutée poliment. Car c'est une caractéristique de cette soirée, soulignée par le compte-rendu succinct publié dès le surlendemain, sur le site de l'EREPL : "De très nombreuses personnes ont pris la parole pour exprimer leurs craintes et attentes vis-à-vis de la future loi de bioéthique, leurs convictions et témoignages sur la filiation, la procréation, le couple, l’éducation, la recherche, etc…. Malgré les oppositions parfois très fortes qui ont pu être exprimées, tous les participants ont fait preuve d’une écoute respectueuse qu’il convient de souligner. Plusieurs questions ont évoqué la manière dont ces débats seront pris en compte dans l’écriture de la nouvelle loi. Ce fut l’occasion de préciser qu’une synthèse des débats citoyens sera réalisée par thématique à la fin des états généraux de bioéthique (début avril 2018) et transmise au Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE)." (extrait) Précisons en effet que l'ensemble des débats a été enregistré en vidéo et audio.

Que conclure ?

  • Premièrement que cela m'a réchauffé le cœur de constater que le sens du bien commun est partagé par plus de personnes qu'on veut bien le croire.
  • Deuxièmement que, ne nous voilons pas la face, la lutte pour éviter les catastrophes anthropologiques que sous-tend cette évolution programmée des lois bioéthiques ne fait que commencer.
  • Un espoir cependant : à l'heure où j'écris ces lignes, le même débat, organisé à Nantes, n'a pas encore eu lieu. Cependant, dans son texte de présentation sur le site de l'EREPL, on annonce la présence d'un philosophe et la notion de risque pour les enfants apparaît dans les questions préparatoires. Preuve que la réunion d'Angers a, peut-être, servi à montrer que les seules questions de droit ou de techniques n'étaient pas suffisantes pour cerner la grande complexité du sujet de la transmission de la Vie.

Pour aller plus loin : le livret sur la PMA édité par la Confédération Nationale et la page internet dédiée. 

J.RAY


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